Les Chasses de Virgil Vosse : Partie 3

par Didier Teste

Virgil Vosse produit de fameux arcs sous le nom de North Archery, ce qui ne l’empêche pas de chasser. Ses souvenirs cynégétiques sont donc nombreux et il les partage avec nous…

CHARC : Virgil, pourrais-tu nous raconter ta plus belle chasse, celle qui t’a le plus marqué…
Virgil Vosse : Ma plus belle chasse est compliquée ! Elle mélange plein de choses. Elle a eu lieu le 11 septembre 2001, quand les avions sont rentrés dans les tours. Je quittais Paris avec un vol pour Dallas, ensuite Denver pour me rendre dans les montagnes. Les avions sont rentrés dans les tours un peu avant que nous arrivions à Terre-Neuve. Nous n’étions pas au courant… Je me souviens de tout avec une précision incroyable et beaucoup de gens se souviennent exactement où ils étaient au moment du 11 septembre. Par le hublot, je vois que l’on vide le kérosène contenu dans les ailes, alors que nous n’étions qu’à la moitié du voyage. On atterrit sur une ancienne piste militaire de Terre-Neuve, à Gander et on voit d’un seul coup des avions atterrir de partout… Je ne savais pas ce qui se passait, ce n’était donc pas seulement un problème sur notre avion. Et nous restons dans l’appareil, confinés au sol durant 48 heures, et les avions continuent à arriver… Bien entendu on nourrissait une sorte de parano. Au bout de deux jours, ils nous laissent sortir. En fait, Gander est une petite ville et ils ont quadruplé la population en deux heures et il fallait nourrir et loger tous les gens qui arrivaient ! Les bus jaunes que nous connaissons tous, nous ont emmenés à la salle des fêtes : je m’en souviendrai toute ma vie, je monte trois marches, je vois sur une petite télé accrochée au mur comme dans les hôpitaux, avec les avions qui rentrent dans les tours. Je pensais que c’était un film ! On était un peu sonné après 48 heures où on n’avait pas mangé et à l’époque je fumais, j’étais un peu tendu ! Et puis je vois des gens pleurer et je réalise alors que les États-Unis viennent d’être attaqués, le territoire était fermé. J’étais sous le choc, je venais d’être papa. C’était comme une sorte d’émotion qui te submerge !

 

CHARC : Et tu as pu repartir ?
Virgil Vosse : J’ai toujours eu du bol et j’avais rencontré un jeune journaliste dont le père travaillait pour Delta Airline à Dallas et quatre jours plus tard on a pu arriver dans cette ville. Dans l’avion, j’ai prévenu les hôtesses que j’allais à la chasse avec arcs, flèches, couteaux ! Dans l’aéroport, deux rangers viennent me chercher et me demandent de les suivre. On entre dans un hall vide avec des hummers, des militaires, des flics et des bagages de partout ! Je retrouve mes bagages et j’ai été accueilli par les parents de mon pote qui m’ont dit « Tu ne peux pas rentrer en France. Soit tu restes avec nous, soit tu pars à la chasse. » J’ai repris un avion pour Denver et retrouve mon guide qui me dit : « T’inquiète pas ! Même si tu ne peux pas repartir, il y aura toujours du boulot pour toi, tu feras la bouffe, tu couperas du bois… Fais ta chasse tranquille ! » C’est la première chose qu’il m’a dit et du coup cela a dédramatisé la situation, cela m’a rassuré. On n’avait pas de portable à l’époque. Il m’a emmené en montagne où j’étais seul. C’était une chasse très intense car je pensais à ma famille, mes copains, à ce 11 septembre, quand je pourrai renter... Et puis je me suis relâché et je me suis dit « allez, je chasse… ! Et ça a été incroyable ! J’ai fait un wapiti et un mule deer - un cerf mulet - en deux jours de temps. Quand je suis redescendu de la montagne, les aéroports étaient à nouveau ouverts et j’ai pu rentrer en France. Depuis, j’ai gardé contact avec tous ces gens, le commandant de bord et les habitants de Gander sur Facebook car c’était très intense. Une aventure incroyable avec un mélange d’émotions humaines et de chasse. Ça faisait beaucoup mais cela reste un super voyage.

 

CHARC : Tu as aussi été voyager dans les pays de l’est, en Russie ?
Virgil Vosse : Oui par rapport aux États-Unis, c’est totalement l’opposé. Pas sur la dureté de la chasse, sur les paysages, les territoires mais sur les conditions de vie des gens. Aux États-Unis, ils ont tous trois bagnoles, ils sont suréquipés. En Russie, ce n’est plus la même histoire même s’ils ont des chenillettes qui marchent bien. Aux USA, c’est facile de trouver de la bouffe, de faire des courses, de manger équilibré. En Russie, c’est plus compliqué même si tu manges bien. Les Russes sont très accueillants, je les adore vraiment mais c’est un pays où il y a moins d’argent, les conditions sont plus difficiles et du coup la chasse aussi, même si les animaux sont les mêmes. En fait, la chasse est beaucoup plus difficile en France car les animaux sont imprégnés, ils nous connaissent, ils sont sur l’œil. Chez nous le chevreuil connait le village, il sait à quelle heure passe le mec sur son tracteur, il connait le bruit des bagnoles I En France, en Europe, on a beaucoup d’animaux mais on est nombreux. Plus tu vas dans les endroits reculés, plus c’est facile même s’il y a des prédateurs. ll m’est arrivé dans le Colorado de me retrouver durant la sieste, entouré de 50 à 70, 80 wapitis. Ils n’avaient pas peur de moi, les femelles étaient en train de manger juste à côté. Le caribou est curieux et ce n’est pas une chasse très compliquée. Si les conditions sont remplies, il faut qu’ils soient là et quand il y en a un, cela veut dire qu’il y en a des centaines ! Si tu as compris que lorsqu’ils traversent en queue de lac, c’est qu’ils vont ressortir là-bas. Tu vas trouver un bosquet où tu attendras une demi-journée mais c’est sûr, il y en a un qui passera à distance de tir ! C’est moins compliqué que de chasser un chevreuil ou un cerf en Ariège ou dans les Pyrénées !

Propos recueillis par Didier Teste

Retrouvez les parties 1 et 2.